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Art Sacré : Vous avez dit "mouvement" ?

 

Ce qui importe le plus dans une oeuvre d'art, c'est sans doute le mouvement. Il témoigne de l'intention de l'oeuvre tout autant qu'il est porteur d'un message sacré. Cela est étrange mais si nous analysons le mouvement, nous nous rendons compte qu'il provient du regard tout autant qu'il témoigne ou qu'il est le support de ce regard. Le mouvement anime le regard de celui qui le provoque, il en est à la fois la suite logique et le départ. Il est donc la résultante de l'expressivité et non son origine, puisque l'expression prend racine en premier lieu dans un choc plus ou moins inattendu de l'esprit avec ce qui est en tant qu'objet de la rencontre. C'est ainsi que toute oeuvre d'art est témoin du sacré dans l'Univers, par le mouvement qui le décompose à l'esprit.

 

Il existe des mouvements stationnaires. On sent, en regardant certaines statues, qu'elles ont un mouvement mais que celui-ci n'est pas exprimé dans le positionnement du sujet (il n'y a pas de mouvement de corps). Le mouvement est alors dû à une expression de regard (anxiété, paix, colère au début de son explosion, contrariété, joie, luminosité, animosité, etc.) La position des mains chez l'humain donne un sentiment de mouvement alors que le corps reste statique (ex.: enfant simplement accroché à sa mère suggère un mouvement intérieur de crainte diffuse ou, au contraire, de mise en valeur de la mère en question ; dans ce dernier cas, la main désigne la mère et donne le mouvement au suivi du regard du "spectateur" qui le projette sur la statue pourtant immobile... C'est un "trompe l'esprit" très fréquent en statuaire)...

Le baiser - Brancusi

Mouvement de coeur dans "le baiser" de Constantin Brancusi.

Et l'on peut dire qu'il y a un regard chez tous les vivants.

La plante tout d'abord, tend vers le ciel, et sa position, autant que l'essence choisie, peuvent influer sur les messages d'une oeuvre. Le lierre est symbolique de la fidélité inébranlable, le chêne de la force.

Certes, vous me rétorquerez que les végétaux n'ont pas d'yeux. Mais le tournesol comme beaucoup de plantes ne suivent-ils pas le soleil ? La photosynthèse n'est-elle pas animée par un besoin de lumière ? En tant qu'homme nous n'appelons "regard" que ce qui a des yeux pour voir, mais dans l'universalité des choses qui composent l'Univers, le regard peut être porté par qui n'a pas d'yeux pour le donner, c'est l'ensemble du vivant qui porte le regard, pas seulement les yeux. Par conséquent, cette prise de conscience est cruciale en sculpture, car souvent on croit que les plantes sont faciles à sculpter, autant que les animaux, mais que les yeux sont primordiaux chez les humains, ce qui est parfaitement faux, car des yeux réussis ne sont pas le gage premier d'une belle sculpture...Il y a des sculptures aux yeux fermés fort expressives !

L'animal peut donner le ton dans une composition, ou apporter un élément qui fait entrer en jeu l'imaginaire au sens propre, le rappelant à nos contes d'enfance par exemple, ou au bestiaire dans des temps plus reculés (quoique toujours d'actualité, car chez les animaux, les prédateurs ayant toujours les yeux en avant de la tête alors que les ruminants l'ont sur les côtés, il est toujours aussi aisé de rappeler -ne serait-ce que par cette configuration de la nature- des gammes de jeux de l'inconscient chez le "spectateur" d'une sculpture... Il suffit pour cela de le flairer et de le mettre en acte lors de la composition d'une oeuvre, même en art brut il est facile de créer cette confusion. ;-) )

L'être humain est enfin celui qui peut composer avec une très grande palettes d'expressions, et la position de ses mains, de son buste, de ses jambes est aussi important que l'expression de son regard. Les effet sont multiples et infinis : élan, stationnaire, mystique, actif, déjoué, au regard fixe... et on peut faire échapper le regard au visiteur et le renvoyant vers le ciel, comme tourné vers l'espérance ou vers l'infini, vers l'interrogation ou vers nos origines. Il peut être renvoyé vers le sol, et être le symbole de la recherche, de l'enfouissement, de la réflexion intériorisée, voire de la nostalgie. Il peut être renvoyé vers la gauche, tourné vers le passé, ou vers la droite, tourné vers l'avenir... Tous ces éléments clés sont importants dans une composition, ils permettent une première lecture rapide et souvent inconsciente d'une oeuvre et dégagent l'ambiance première dont les origines prennent naissance dans les intentions de l'auteur autant que dans l'inconscient du visiteur.

Lien entre mouvement et désir chez l'être humain.

Mais pourquoi chez l'être humain y-a-t'il une telle palette de possibilités dans l'expressivité ? Sans aucun doute, parce que le mouvement est souvent mû par le désir, et parce que chez l'humain le désir peut être purifié. L'image la plus parlante pour étayer nos propos est celle de l'enfant qui se mord le doigt avec un léger sourire de coin lorsqu'il réfléchit aux moyens qu'il va mettre en oeuvre pour atteindre l'objet de son désir. Il y a un mouvement d'expression que l'on nomme "petit malin" ! Il y a donc dans le mouvement une dynamique du désir. Et le désir est donc à l'origine de beaucoup de formes d'expressions que nous rencontrons dans le mouvement. En effet, le désir peut-être lié ou non à une forme plus ou moins prononcée de souffrance. Il y a des désirs qui ne font pas souffrir lorsque l'origine de ceux-ci est liée a une finalité qui échappe à la matière, quoiqu'il existe des souffrances spirituelles mais elles ne sont pas mues tant par le désir que par le manque de réponse de soi ou de l'Être suprême supposé* (toutefois le manque de réponse suppose un désir de réponse, c'est bien là une signification non que le désir est la source de la souffrance mais que la souffrance est alors source de désir -de réponse- dans ce cas immatériel).

Par contre le désir peut donner lieu à des souffrances lorsqu'il est rattaché à une finalité matérielle ou à un désir de combler une faiblesse ou un manque dans la personnalité de l'être humain ou de la société, car ce désir a pour origine le complexe.

Mais le désir peut aussi être source de souffrance lorsque son objet échappe à notre contrôle et que ce même objet est indépendant de l'orientation de notre volonté. Ce désir est en général destructeur car il est propulsé au coeur de l'homme par la jalousie, et l'on nomme d'ailleurs ce désir un "désir jaloux". Il appartient donc de savoir si le désir provient de la jalousie, de l'envie, ou si il provient d'une volonté de bien être à l'égard non de soi mais de l'autre, lorsque ce désir est projeté sur un objet ou un sujet extérieur à soi (dans le cas de désirs d'ordre relationnels uniquement, car il y a des désirs personnels qui sont sains s'ils répondent à un manque de la nature propre à l'individu en tant qu'être vivant)...

On pourrait philosopher des heures car la finalité du désir est dépendant de son objet et est liée au sujet dont il émane. Ce sont donc trois facteurs qui entrent en jeu dans le désir (être d'où provient le désir, objet du désir, finalité du désir), et ces trois facteurs sont très liés entre eux si le désir provient de l'être humain (la philosophie étudiant les relations de l'être humain à la nature il s'agit donc bien d'étudier le désir de l'homme face à ce que ses sens sont capables d'intégrer en lui). De plus, il est très utile d'analyser la cause "existentielle" du désir pour en comprendre l'orientation originelle et donc le pourquoi de la présence ou non de l'engendrement de la souffrance dans celui-ci (le désir inaccessible pouvant être la cause première de la frustration qui est elle-même cause première du manque et qui devient elle-même cause existentielle de la souffrance). Mais il est aussi utile d'analyser la cause d'inadaptation du sujet à l'objet de son désir lorsque cet objet est inaccessible et provoque une souffrance due au manque, elle-même due à la frustration. Le manque provoque la frustration qui provoque la souffrance mais cette souffrance peut disparaitre si l'objet du désir disparait ou est réorienté vers un choix que la sagesse est capable de mettre en avant. La réorientation du désir est la solution la meilleure lorsque l'objet du désir est ardent et inaltérable dans la pensée. Mais comment trouver la solution qui permette la réorientation du désir ? En changeant son point de vue sur l'objet du désir sans doute, et en prenant une perspective plus large dans la contemplation de cet objet assurément. C'est alors l'intelligence humaine qui prend le dessus sur l'instinct premier, et le désir propulsé par la sagesse ne peut prendre le relais d'un désir manqué que si le premier désir de l'être est d'acquérir la sagesse. Seule la sagesse est capable d'indiquer à l'homme la voie des désirs accessibles dans le grand mystère de leur inaccessibilité. Car l'objet du désir ne peut se laisser saisir que si l'être est capable de le découvrir non en fonction de son point de vue mais de sa capacité à s'ouvrir à la vraie dimension de l'objet désiré. Ainsi, l'être oublie le désir inaccessible pour découvrir l'oubli de soi-même dans la découverte de l'objet du désir et cela, dans une dimension propre à la sagesse source d'amour vrai et pur. Ainsi, un désir purifié par la sagesse devient un désir en quête d'amour et non un désir en quête de possession de l'objet du désir : nous établissons alors une distinction et un degré de réception clair entre le beau et le bien, première étape du bonheur véritable, immatériel et inaltérable celui-là. La sagesse purifie donc le désir et le désir se purifie dans la pensée par le respect de l'individuation de l'objet. Ce respect ne peut se faire que par la découverte de soi autant que de l'objet désiré et ce, dans une approche réflexive. Cette réflexion fait appel aux sens internes (intelligence, sensibilité, volonté), à la contemplation de l'objet du désir et contourne la frustration par la mise en lumière des limites provoquant l'incapacité à obtenir l'objet selon les termes du désir primitif. Le désir devient alors intellectif. Nous comprenons alors que la sagesse, d'un point de vue philosophique, est avant tout la capacité de l'être à faire preuve d'assertivité en toute situation (le désir étant une mise en situation de l'être face à un objet qui interpelle vivement sa sensibilité.)

Nous savons que la sensibilité n'a pas premièrement besoin du raisonnement pour étayer un désir ardent, d'où le risque de conflit entre désir et conscience, conflit qui est sans doute la racine de la souffrance qui émerge alors avec le désir. Toutefois, le refus de l'objet désiré -en tant qu'être humain- est une autre source de souffrance si le désir est légitime ou supposé légitime. Le manque de moyens pour atteindre un désir est une troisième forme de souffrance. Chaque source originelle de souffrance nécessite une analyse particulière du sujet face à la frustration et un entrainement aux capacités d'assertivité de l'être (cf. Gandi).

Ainsi, nous pouvons conclure qu'un désir qui provoque une souffrance est un désir en passe de devenir sain si l'être creuse plus profondément les sources du désir pour en découvrir l'origine et la vision immaculée. Et un désir qui ne provoque pas de souffrances est due soit à une orientation saine et mesurée du désir, soit à une volatilité des désirs, soit à une réponse trop rapide de l'objet du désir par manque de maturité de ce dernier lorsque l'objet du désir est un être vivant, soit à une déception lors de la découverte sous toutes ses facettes de l'objet du désir (la déception peut-être une source de souffrance ou de rejet. Le rejet n'est alors pas -au moins en ce qui concerne le sujet porteur du désir premier- une source de souffrance s'il provoque l'évanouissement du désir)...

Nous pouvons donc désirer sans souffrir à condition que la souffrance éventuelle due à la frustration soit elle même génératrice de l'approfondissement de la perspective de l'objet du désir, seule voie capable de combler le manque.

Nous le voyons, le mouvement et le désir sont intimement liés entre eux chez l'être humain, et il est donc facile de comprendre la raison de la multiplicité presque infinie des palettes d'expressions et de mouvements chez celui-ci.


* Nous utilisons le terme "Être Suprême supposé" (cause première ici douée d'une intelligence) car nous sommes dans le domaine de la philosophie et non de la théologie.


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