Reproduction personnalisée de l'oeuvre de Michel Ange (Bruges). En chêne massif, la sculpture pèse dans les 25 kilos et fait 50 cm de haut. Mon but n'était pas tant de reproduire une oeuvre existante que de me plonger dans le désir d'apprendre les chemins de nos prédécesseurs dans l'art. De temps en temps je vacille entre art brut et étude de l'art par l'apprentissage. Je pense que c'est une démarche normale que celle qui consiste à avoir ce besoin de temps à autres d'admirer une oeuvre et d'avoir envie de la reprendre pour la vivre en soi, comme des trésors que l'on accumule pour servir sa vie d'artiste et sa personnalité artistique toujours en devenir...
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Il s'agit d'une sculpture inspirée de la seule oeuvre de Michel Ange qui ne se trouve pas en Italie mais dans la Cathédrale de Bruges, en Belgique... Je n'ai rien fait d'original donc, sinon de copier un génie, d'appliquer au regard de l'enfant un sourire et d'ouvrir davantage les yeux de la mère. C'est ainsi que je les voulais... Cette sculpture a bousculée beaucoup de choses en moi, secrètes et bien gardées, mais la finalité d'une oeuvre c'est aussi de transparaitre en elle autant que de paraitre en soi, donc rien d'anormal à se sculpter en sculptant...
Cette sculpture a été réalisée dans un tronc de chêne brut. Il s'agit donc d'une prise de risque car les troncs finissent toujours par fendre en séchant et même à long terme à cause des dilatations/retractations au fil des saisons. Cela est dû au fait que le coeur de l'arbre ne se dilate ou ne se rétracte pas comparé aux autres zones. Et ces jeux du bois se font en fonction du taux d'hygrométrie, ce qui provoque la fissuration. Cette fissuration peut avoir lieu pendant la phase d'ébauchage si le bois est soumis à un contraste thermique trop fort entre le lieu d'exposition et le lieu de travail (autrement dit l'atelier). L'humidité rentre dans le bois de bout plus rapidement que par le bois de fil (de "face"), donc il existe une astuce pour éviter que les contrastes thermiques se répercutent trop vite au coeur de l'arbre : isoler les extrémités des troncs avec de la parafine par exemple. Mais cela n'est pas miraculeux (et puis la parafine ça n'est pas très naturel). L'étuvage est une solution plus sûre car elle fait sortir le tanin et le remplace par un flux de vapeur brûlante qui rend le bois imputrescible. Mais là encore cela ne limite pas le travail du bois autour du coeur. La solution réside donc dans deux solutions simultanées :
- Choisir le tronc au plus près de la racine de l'arbre, le départ des racines étant le lieu où les troncs se fendent le moins vite dans les causses, c'est ce que j'ai remarqué à plusieurs reprises. C'est pareil que pour les hommes en prime, plus ils sont proches de leurs racines... (Vous suivez ?)
- Faire cuire le bois dans de la cire d'abeille pure pendant des heures afin que celle-ci pénètre à coeur des moindres préfissures. Et puis il y a un autre truc, faire un trou dans le fond de la sculpture lorsqu'elle est achevée, au niveau du coeur, comme le font certains tourneurs pour conserver le bois vert. Comme la base d'une sculpture est toujours plus large que son extrémité lorsqu'on sculpte des personnages, cela peut aider à ce que que la dilatation se fasse à peu près également en direction du coeur évidé que vers l'extérieur et ne fende pas trop dans les réactions à venir (de ce bois toujours vivant).
Ainsi on obtient un morceau de bois à peu près stabilisé, mais l'entreposage de l'oeuvre finale ne devra pas se faire dans une pièce trop chauffée l'hiver et trop chaude l'été...
Par contre, il faut savoir que les ébenistes et artisans d'art ne travaillent généralement pas directement dans les troncs. Ils refendent ceux-ci à la scie à ruban, les dégauchissent, les rabotent, recollent les morceaux en plaçant le coeur à l'extérieur dans des presses très puissantes. Ainsi le bois ne fend plus, les forces de dilatations s'opposent entre elles. La coupe du bois dans la bonne lune, à la saison où la sève est la plus basse est aussi primordiale bien sûr (dernière lune de janvier), sans compter la manière dont le bûcheron va couper l'arbre, car il ne faut pas que l'arbre tombe tant que toute la fibre n'est pas coupée, sinon celle-ci se désolidarise de l'ensemble lors de la chute et le bois perd son homogénéité. On sait distinguer si l'arbre a été bien abbattu ou non lors du choix de la grume ou des plateaux. On tape à son extrémité (comme on le fait pour frapper à une porte) tout en collant l'oreille à l'arbre en bois de bout. Si le son est profond, homogène, laissant revenir une certaine raisonnance harmonique (rappelant le bruit des pics tambourinant dans les bois à la belle saison), il y a des chances pour que cette grume soit vraiment bonne. Si le son est trop sourd ou trop clair, bref, présente un défaut d'harmonie, et surtout une absence de raisonnance, ce bois a de fortes chances d'avoir subi trop de contraintes pour présenter une homogénéité suffisante et indispensable en sculpture (mauvaise coupe, fortes tempêtes ayant désolidarisé la fibre de manière régulière et irreversible pendant la croissance de l'arbre, etc.). Même si ce défaut n'est pas repéré par d'autres personnes, s'il est repéré par celui qui travaillera le bois choisi, mieux vaut qu'il ne prenne pas ce bois. Il est indispensable que le son de retour soit en harmonie avec l'oreille de celui qui choisit et qui travaillera ce bois.

Dépouille des dosses et mise en forme primaire. On va pouvoir sculpter la face, ce qui nous donnera les limites latérales pour la suite.

Ebauche de la face. Le tracé latéral se dégage, la suite de la ronde-bosse se fera ainsi "aisément"... A l'aide du disque Arbortech on dégage bien plus vite les excédents de matière.
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Fin de l'ébauche. Nous avons gardé un "capuchon" sur la partie supérieure pour la fixation avec les serre-joints lors des travaux nécessitant un retournement (les ciseaux ne peuvent couper qu'en suivant le fil du bois, et ce fil est souvent capricieux et s'inverse successivement dans le chêne). Il faut souvent retourner une statue lors de sa réalisation.

Commencement des détails. On va travailler maintenant aux rifloirs principalement, on peut donc supprimer la partie supérieure et finir le voilage de la Vierge.

Commencement du drapé de dos. Les lignes doivent rejoindre une suite logique.

Fin des détails. Percage des yeux et finition des paupières. Finition des lèvres et mentons, des traits de sourire, des nez, des oreilles, des cheveux, des doigts.

Fin du drapé.

Fin du drapé suite (et les doigts de la main de Jésus sont enfin achevés.)

Fin de l'application des patines.

Première nuit d'une sculpture achevée.
Première journée d'une page rédigée par l'esprit où le bois se fait porte parole.
